En 2017, marchez en faveur des enfants défavorisés d'Inde

Depuis la dernière décennie, l’Inde connait un essor économique considérable qui lui vaut aujourd’hui d’être à la 7e place du classement des puissances économiques mondiales. L’exportation de services aux entreprises, comme dans le domaine de l’informatique, fait partie de ses atouts.

Alors que la part de la population qui bénéficie de cette croissance ne cesse de prendre de l’ampleur, paradoxalement le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté augmente également. 21% de la population est en situation de précarité, et ce bien que le pays ait développé des programmes pour y remédier, notamment en matière d’éducation et d’alimentation.

Les femmes, les enfants, et de manière générale les populations appartenant aux castes inférieures ou les populations tribales, sont les premières victimes de la paupérisation. L’Inde est également le pays où il y a le plus d’enfants travailleurs. Ces derniers exercent des métiers le plus souvent dangereux pour leur santé (tailleurs de pierres, chiffonniers, tisseurs, domestiques, etc.) et sont ainsi privés d’une scolarité, les enfermant dans le cercle vicieux de la pauvreté.

Malgré un système démocratique « exemplaire », le poids de la culture indienne, liée au système des castes, a tendance à primer sur le domaine législatif. La considération et la place accordées aux femmes sont encore bien inférieures à celles dont bénéficient les hommes. Bien que l’âge légal de mariage pour une femme soit de 18 ans, le mariage arrangé à un âge souvent précoce demeure par exemple une pratique commune. Donner naissance à une petite fille est aussi souvent perçu comme une malédiction pour la famille. Ainsi, même si le cadre légal a évolué positivement, les droits de femmes et d’enfants restent souvent bafoués.

Dans l’Odisha, Terre des Hommes Suisse agit pour l’accès à l’alimentation et le renforcement de la place des femmes et des enfants.

L’Odisha est l’un des États les plus pauvres de l’Inde et souffre des conséquences du réchauffement climatique, avec régulièrement des sécheresses et des inondations. Cet État réunit de nombreuses communautés tribales installées sur ce territoire depuis des siècles. Historiquement, les populations tribales travaillaient au service des Maharajas, et suite à l’indépendance du pays en 1947, elles se sont vues marginalisées, vivant à l’écart de la population dans une extrême pauvreté. Les enfants devant travailler pour participer aux besoins de la famille, et donc privés de la scolarité obligatoire, n’avaient quasiment aucune chance de sortir de leurs conditions précaires.

C’est dans ce contexte que l’organisation CARD (Center for Action Research and Documentation) a été créée il y a 30 ans pour promouvoir les droits des femmes et des enfants les plus démunis et renforcer les communautés villageoises tribales à travers une approche participative. L’engagement de CARD permet d’améliorer le développement socioéconomique de ces communautés. L’organisation favorise en outre une dynamique de développement intégré, en mettant l’accent sur un modèle d’agriculture respectueux de l’environnement et une gestion durable des ressources naturelles.

La défense des droits des communautés tribales, avec une attention particulière portée aux femmes et aux enfants, permet de renforcer certains groupes de femmes qui ont ainsi pu être reconnus comme des acteurs importants par les autorités locales.

Au fil du temps, CARD a acquis une grande expérience dans de nombreux domaines tels que la protection des enfants, la lutte contre le travail infantile et contre la discrimination des filles, la promotion de l’éducation et l’amélioration de la santé des enfants, ceci notamment à travers la mobilisation de groupes de femmes. CARD aide ainsi 950 familles et près de 3000 jeunes et enfants.

Terre des Hommes Suisse soutient CARD dans 3 domaines liés aux droits de l’enfant

  1. Développement d’une agriculture durable et d’activités génératrices de revenus
    CARD forme des groupes d’agriculteurs issus d’une trentaine de villages à des techniques agricoles qui permettent d’améliorer la fertilité du sol et la qualité des productions de riz. À titre d’exemple, la technique SRI (System of Rice Intensification) offre de nombreux espoirs. Il s’agit d’un système biologique basé sur la préparation de la terre, son aération active par des moyens mécaniques simples, et l’utilisation de compost avec des doses d’engrais chimiques progressivement réduites. Cette méthode permet d’augmenter le rendement de 60 %. Sur la base de techniques de conservation de l’eau, des bassins de rétention d’eau de pluie de terrain sont peu à peu construits. En fonction de leur taille, certains bassins fournissent un apport en eau suffisant jusqu’à la prochaine saison des pluies. Par ailleurs, les familles qui n’ont pas de terre à cultiver peuvent se tourner vers la culture de champignons et gagner ainsi un peu d’argent afin d’augmenter leurs revenus. D’autres activités génératrices de revenus, comme l’élevage de chèvres ou de moutons, sont également mises en place.
     
  2. Promotion des droits de l’enfant
    Afin d’assurer aux enfants une meilleure protection de leurs droits, CARD les encourage à prendre part à des initatives participatives. Pour cela, des centres d’éducation informelle (Child centers) ont été construits. Les enfants y acquièrent de meilleures connaissances sur leurs droits et bénéficient de formations sur la protection de l’environnement, le changement climatique et les risques liés aux catastrophes naturelles. Les enfants sont également invités à former d’autres enfants. Ces centres sont également des lieux, où ils apprennent à exprimer leurs besoins et à faire entendre leur voix. En parallèle, un programme de sensibilisation auprès des familles et des communautés a été développé afin de s’assurer qu’un changement d’attitude envers les enfants se mette réellement en place. Il s’agit principalement de prévenir l’exploitation des enfants et de favoriser la participation des enfants au sein de leur famille, de l’école et de leur communauté.
     
  3. Amélioration du statut des femmes et des communautés tribales
    En Inde, les panchayats représentent des entités de gouvernement autonomes et sont notamment chargés d’appliquer les programmes de développement économique et de justice sociale. Selon une loi de 2009, la moitié des sièges dans ces assemblées doivent être réservés aux femmes. CARD soutient les femmes dans ces démarches citoyennes et les aide à prendre conscience de leur potentiel. Concrètement, cet appui se traduit par l’accompagnement des femmes qui siègent dans les panchayats, en leur proposant des formations sur ce système de gouvernance, sa fonction et le rôle de ses membres, mais en offrant aussi des cours d’alphabétisation et des initiations à l’élevage et à la transformation de produits agricoles, dans le but d’augmenter leurs revenus. Les femmes peuvent également assister à des ateliers de sensibilisation sur le thème des violences domestiques ou envers les enfants. Pour CARD, les femmes sont considérées comme des relais et des garantes de la protection des droits de l’enfant. Depuis son intervention dans ces villages, les enfants n’ont plus besoin de travailler et vont à l’école. Des changements positifs tant sur la qualité de vie (meilleure alimentation, baisse de la violence domestique) que sur les dynamiques communautaires, via la participation des femmes et des enfants, sont visibles dans ces villages tribaux et ont permis d’améliorer significativement le bienêtre des enfants.